St. John’s Wort : Les interactions médicamenteuses dangereuses à connaître
4 février 2026

En France, plus de 300 000 personnes utilisent le St. John’s Wort (Hypericum perforatum) chaque année pour traiter la dépression légère. Pourtant, ce supplément naturel est associé à des interactions médicamenteuses graves, capables d’annuler l’efficacité de médicaments vitaux. Selon l’Agence européenne des médicaments (EMA), ces interactions concernent 17 classes de médicaments, y compris les anticoagulants, les contraceptifs oraux et les traitements du VIH.

Comment le St. John’s Wort provoque des interactions médicamenteuses ?

Le principal responsable des interactions est l’hyperforine, un composé présent dans le St. John’s Wort. Cette substance active le récepteur X du pregnane (PXR), qui augmente la production d’enzymes du cytochrome P450, notamment CYP3A4. Ces enzymes métabolisent rapidement d’autres médicaments, réduisant leur concentration dans le sang.

Une étude publiée dans le Journal of Clinical Pharmacology en 2018 a montré que les extraits d’alcool de St. John’s Wort contenant 3-5% d’hyperforine augmentent l’activité de CYP3A4 de 2 à 3 fois en 7 à 14 jours. Les extraits CO2, avec moins d’hyperforine, sont moins puissants. Ce mécanisme explique pourquoi le St. John’s Wort peut rendre inefficaces des médicaments comme la warfarine ou les contraceptifs oraux.

Interactions critiques avec les anticoagulants

Les anticoagulants comme la warfarine et le phenprocoumon sont particulièrement vulnérables. Entre 1998 et 2000, l’EMA a enregistré 22 cas de complications liées à l’association avec St. John’s Wort. Dans un cas réel, un patient de 62 ans a vu son INR chuter de 2,8 à 1,4 en une semaine après avoir commencé le St. John’s Wort, augmentant le risque de caillots sanguins.

Une étude dans Thrombosis and Haemostasis a révélé que 900 mg/jour de St. John’s Wort réduit la concentration de phenprocoumon de 37%. Les médecins recommandent donc de surveiller attentivement l’INR si le patient prend ces deux substances.

Risques pour les transplantés et les immunosuppresseurs

Pour les patients greffés, le St. John’s Wort peut provoquer un rejet d’organe. Une étude de 2004 dans Transplantation a montré que chez 10 patients greffés du rein, la cyclosporine a baissé de 54% en concentration. Deux cas de rejet aigu ont été signalés. L’EMA a émis un avertissement en 2007 après avoir examiné 17 cas similaires.

Le tacrolimus, un autre immunosuppresseur, voit ses niveaux réduits de jusqu’à 60% avec le St. John’s Wort, selon l’American Journal of Transplantation en 2010. Cela augmente le risque de rejet, surtout chez les transplantés récents.

Patient transplanté avec moniteur médical et capsule de millepertuis, risque de rejet d'organe.

Interactions avec les médicaments contre le VIH

Les inhibiteurs de protéase, comme l’indinavir, sont fortement affectés. Une étude de 2004 dans Clinical Infectious Diseases a montré que le St. John’s Wort réduit l’AUC de l’indinavir de 57%, avec des variations individuelles allant de 49 à 99%. Dans un cas rapporté au Royaume-Uni, un patient a vu sa charge virale du VIH augmenter après avoir pris St. John’s Wort avec l’indinavir.

Les directives du Département américain de la Santé interdisent formellement l’utilisation de St. John’s Wort avec les inhibiteurs de protéase. Même les inhibiteurs non nucléosidiques peuvent être affectés, selon l’NIH.

Contraceptifs oraux : un risque de grossesse non désirée

Les contraceptifs oraux ne protègent plus efficacement avec le St. John’s Wort. Une étude dans Contraception en 2005 a révélé une réduction de 15,4% de l’estradiol éthinyle et de 25,6% du lévonorgestrel. La Agence suédoise des produits médicaux a documenté 47 cas de défaillance contraceptive entre 2000 et 2003, dont 12 grossesses confirmées.

GoodRx a analysé 217 rapports d’effets indésirables en 2022 liés à cette interaction. Les femmes doivent éviter le St. John’s Wort si elles utilisent des contraceptifs oraux, même temporairement.

Syndrome sérotoninergique : un danger mortel

Combiner St. John’s Wort avec des antidépresseurs comme les ISRS (fluoxétine) ou les ISNRI (venlafaxine) peut provoquer un syndrome sérotoninergique. Selon la Mayo Clinic, les symptômes incluent sueurs anormales (89% des cas), rythme cardiaque accéléré (76%), spasmes musculaires (63%) et confusion (92%).

En 2021, un jeune homme de 18 ans a été hospitalisé après avoir pris St. John’s Wort avec de la 5-HTP et du melatonin. Son cœur battait à 128 pulsations par minute et sa pression artérielle atteignait 162/98 mmHg. Il a fallu des liquides IV et des benzodiazépines pour stabiliser son état.

Jeune homme hospitalisé avec sueurs et rythme cardiaque accéléré, capsules de millepertuis.

Autres interactions importantes

Le St. John’s Wort réduit aussi l’efficacité des benzodiazépines comme l’alprazolam (Xanax), diminuant son AUC de 40% selon une étude de 2000. Pour la digoxine (Lanoxin), il réduit la concentration sérique de 25% en augmentant l’efflux via P-glycoprotéine.

Les anticonvulsivants comme la phénytoïne (Dilantin) voient leurs niveaux réduits de 19 à 46%, augmentant le risque de crises. L’FDA a reçu 12 rapports de crises de survenue entre 2000 et 2005 chez des patients prenant St. John’s Wort avec ces médicaments.

Recommandations des experts et réglementation actuelle

Le Dr. Paul Farmer, directeur du National Center for Complementary and Integrative Health, a déclaré en 2022 : « Le St. John’s Wort est l’un des suppléments herbals les plus risqués pour les interactions médicamenteuses, comparable à des induceurs puissants de prescription. »

L’EMA exige désormais que tous les produits de St. John’s Wort portent un avertissement en gras sur les interactions. L’FDA a annoncé en juin 2023 qu’à partir de janvier 2025, tous les produits devront afficher un symbole « Alert Interaction » sur l’emballage.

Les pharmaciens doivent conseiller spécifiquement les patients sur les interactions avec les contraceptifs, les médicaments VIH et les immunosuppresseurs. Une étude de 2021 a montré que ce conseil ciblé réduit l’utilisation inappropriée de 68%.

Nouvelles recherches et solutions

Des essais cliniques étudient des extraits sans hyperforine pour réduire les interactions. Une étude de phase 2 publiée en août 2023 dans Phytotherapy Research a montré qu’un extrait avec moins de 0,5% d’hyperforine réduit l’effet sur la métabolisation de la midazolam à seulement 9%, contre 56% pour les extraits standards.

L’NIH finance une étude de 2,4 millions de dollars sur ces extraits, avec des résultats attendus fin 2024. Malgré la popularité croissante du St. John’s Wort (187,4 millions de dollars en 2022), seulement 32% des utilisateurs savent qu’il affecte la contraception, selon un sondage Consumer Reports en 2023.

Le St. John’s Wort peut-il annuler l’effet de la pilule contraceptive ?

Oui, absolument. Une étude de 2005 a montré une réduction de 15,4% de l’estradiol éthinyle et 25,6% du lévonorgestrel. La Agence suédoise a documenté 47 cas de défaillance contraceptive entre 2000 et 2003, dont 12 grossesses confirmées. Les femmes doivent éviter le St. John’s Wort pendant l’utilisation de contraceptifs oraux.

Quels sont les risques pour les transplantés d'organes ?

Le St. John’s Wort réduit la concentration de la cyclosporine de jusqu'à 54% chez les transplantés rénaux, selon une étude de 2004. Deux cas de rejet aigu ont été signalés. L’EMA a émis un avertissement en 2007 après avoir examiné 17 cas similaires. Les patients transplantés doivent éviter ce supplément.

Combien de temps après l'arrêt du St. John’s Wort les interactions persistent-elles ?

Selon le Dr. Mary Hardy, directrice de la médecine intégrative à UCLA, l'effet d'induction persiste jusqu'à 2 semaines après l'arrêt. Cela nécessite une gestion minutieuse des médicaments pendant cette période de lavage.

Le St. John’s Wort est-il sûr avec les médicaments contre le VIH ?

Non, jamais. Une étude de 2004 a montré une réduction de 57% de l’efficacité de l’indinavir. Les directives du Département américain de la Santé interdisent formellement cette association. Les patients VIH doivent absolument éviter le St. John’s Wort.

Existe-t-il des alternatives sans risque d'interaction ?

Oui, des extraits réduits en hyperforine (<0,5%) montrent des résultats prometteurs. Une étude de phase 2 en 2023 a confirmé qu’ils réduisent l’effet d’induction à 9% contre 56% pour les extraits standards. Ces alternatives sont en cours d’évaluation par l’NIH.