Hépatite auto-immune : diagnostic, stéroïdes et azathioprine
23 mars 2026

Lorsqu’on parle de maladies du foie, on pense souvent à l’alcool, à l’hépatite virale ou à l’obésité. Mais il existe une autre cause, souvent ignorée : l’hépatite auto-immune. Ce n’est pas une infection. Ce n’est pas un excès de graisse. C’est votre propre système immunitaire qui attaque votre foie, comme s’il s’agissait d’un envahisseur. Et cette attaque, silencieuse au début, peut mener à la cirrhose, à l’insuffisance hépatique, voire à la transplantation si elle n’est pas traitée à temps.

En France, on estime qu’environ 15 cas sur 100 000 personnes sont concernés. Et plus de 80 % de ces cas concernent des femmes. Pourtant, beaucoup de patients attendent des années avant d’obtenir un diagnostic. Pourquoi ? Parce que les symptômes sont flous : fatigue persistante, jaunisse, douleurs abdominales légères, perte d’appétit. Des signes qu’on attribue souvent au stress ou à un manque de sommeil.

Comment diagnostique-t-on l’hépatite auto-immune ?

Pas de test unique. Pas de scanner qui révèle tout. Le diagnostic repose sur une combinaison de preuves. D’abord, les analyses de sang. Un taux élevé d’IgG - cette protéine du système immunitaire - est un premier indicateur. Ensuite, la présence d’anticorps spécifiques : les ANA (anticorps antinucléaires) ou les SMA (anticorps anti-muscle lisse). Pour certains patients, on détecte les LKM1, mais depuis 2025, les experts européens ont arrêté de les utiliser pour classer les types de maladie. Pourquoi ? Parce qu’ils ne changent rien au traitement.

Ensuite, vient l’étape cruciale : la biopsie du foie. On ne peut pas se contenter des analyses de sang. Il faut voir ce qui se passe à l’intérieur du tissu hépatique. La signature typique ? Une inflammation à l’interface entre les canaux portes et les cellules du foie - qu’on appelle l’hépatite d’interface. Un pathologiste vérifie au moins 20 tracts portes sur l’échantillon. Si cette inflammation est présente, avec d’autres signes de dommages, le diagnostic est quasi certain.

On utilise aussi un système de points, appelé score IAIHG. On additionne les éléments cliniques, les anticorps, les résultats de la biopsie, et on élimine les autres causes comme l’hépatite B ou C. Un score supérieur à 15 signifie une hépatite auto-immune probable. Au-delà de 20, c’est confirmé.

Le traitement de base : stéroïdes et azathioprine

Depuis les années 1970, le traitement standard est le même : des stéroïdes (prednisone ou prednisolone) combinés à l’azathioprine. Pourquoi cette association ? Parce que les stéroïdes agissent vite, mais leurs effets secondaires sont lourds. L’azathioprine, elle, agit plus lentement, mais permet de réduire la dose de stéroïdes - et donc de limiter les dégâts.

Le protocole classique commence avec 0,5 à 1 mg de prednisone par kilo de poids corporel par jour - jusqu’à 60 mg maximum. On réduit progressivement cette dose sur 6 à 8 semaines, pour arriver à 10-15 mg par jour. En parallèle, on introduit l’azathioprine à 50 mg par jour, puis on augmente jusqu’à 1 à 2 mg par kilo - jusqu’à 150 mg maximum.

Les résultats ? Dans 60 à 80 % des cas, les enzymes hépatiques (ALT, AST) reviennent à la normale en 18 à 24 mois. L’IgG aussi. Mais ce n’est pas juste une question de chiffres. Ce qui compte vraiment, c’est la guérison du tissu hépatique. Une seconde biopsie, après 2 à 3 ans de traitement, montre souvent la disparition de l’inflammation. Dans certains cas, la fibrose régresse même. Un patient sur trois retrouve un foie sain, comme s’il n’avait jamais eu la maladie.

Les effets secondaires : un vrai combat

Les stéroïdes, c’est la double lame. Ils sauvent la vie, mais ils changent la vie. Gain de poids rapide, visage arrondi (« lune »), insomnie, humeur changeante, diabète, ostéoporose, cataractes… 70 % des patients en monothérapie subissent au moins un de ces effets. Avec l’azathioprine, on réduit ce taux à 30 %. C’est pourquoi la combinaison est devenue la norme.

L’azathioprine aussi a ses pièges. Elle peut causer des nausées, une fatigue intense, ou, plus grave, une baisse des globules blancs ou plaquettes. C’est pourquoi, avant de la prescrire, les médecins en Europe testent maintenant la TPMT - une enzyme qui métabolise le médicament. 0,3 % de la population a une déficience totale. Pour eux, l’azathioprine est dangereuse. Sans ce test, ils risquent une insuffisance médullaire mortelle.

Sur les forums de patients, on lit souvent : « J’ai perdu 30 kilos en 3 semaines à cause des stéroïdes. » Ou : « J’ai eu une pancréatite à 100 mg d’azathioprine. » Ces histoires ne sont pas rares. Le registre mondial de 2024 montre que 68 % des patients ont vécu au moins un effet indésirable. Mais beaucoup disent aussi : « Après deux ans, j’ai pu arrêter les stéroïdes. Je respire à nouveau. »

Médecin observant une biopsie hépatique sous microscope, deux visions du foie : sain et endommagé, patient en arrière-plan avec médicaments.

Et si le traitement ne marche pas ?

10 à 15 % des patients ne répondent pas bien. Soit les enzymes restent élevées, soit les effets secondaires sont intolérables. Dans ce cas, on passe à la seconde ligne. Le mycophénolate mofétil (CellCept) est devenu le remplaçant le plus courant. Il est moins toxique pour la moelle osseuse, mais plus cher - entre 800 et 1 200 € par mois. Les inhibiteurs de la calcineurine, comme la ciclosporine, sont aussi utilisés, surtout en cas d’échec du mycophénolate.

Des traitements expérimentaux arrivent. Les inhibiteurs JAK (comme la tofacitinib) ont montré 55 % de réponse dans les essais. Des anticorps monoclonaux ciblant l’interleukine-6 (clazakizumab) donnent aussi des résultats prometteurs. Mais ces options restent rares, et réservées aux cas les plus sévères.

Le traitement est-il éternel ?

Beaucoup espèrent pouvoir arrêter le traitement. C’est compréhensible. Mais 50 à 90 % des patients qui arrêtent reprennent la maladie. Les experts recommandent de maintenir un traitement léger - 5 mg de prednisone + 75 mg d’azathioprine - pendant des années, voire toute la vie. Certains patients réussissent à arrêter, mais seulement après 2 à 3 ans de rémission complète, et avec une biopsie de suivi qui confirme la guérison du tissu. Même alors, 55 % des tentatives échouent dans les deux ans.

Et si on veut essayer ? Il faut le faire lentement. On diminue la dose sur 6 à 12 mois. On surveille les enzymes chaque mois. Si elles remontent, on rétablit le traitement. Le risque de rechute est le plus élevé dans les trois premiers mois après l’arrêt.

Femme à une croisée des chemins symbolisant les traitements de l'hépatite auto-immune, foie guéri sous le soleil levant.

Que faut-il faire avant de commencer le traitement ?

Avant de prescrire des immunosuppresseurs, on vérifie deux choses essentielles. D’abord, la présence d’un virus de l’hépatite B caché. 15 à 20 % des patients portent le virus sans le savoir. Si on les traite avec des stéroïdes, le virus peut se réveiller et détruire le foie en quelques semaines. On fait donc un test pour l’HBsAg et l’anti-HBc. Si c’est positif, on donne un antiviral comme le ténofovir en même temps.

Ensuite, on vérifie les vaccinations. Le vaccin contre l’hépatite A et B ne fonctionne plus aussi bien chez les patients immunodéprimés. On les vaccine avant de commencer le traitement. Sinon, ils ne produiront pas assez d’anticorps.

Le futur de la prise en charge

Les recommandations européennes de 2025 ont changé la donne. Plus de classification par anticorps. Plus de contrôle à 6 mois : on attend 6 à 12 mois pour juger la réponse. Et la biopsie de suivi est maintenant recommandée après 18 à 24 mois. C’est plus réaliste. Les patients ne répondent pas tous au même rythme.

Des chercheurs travaillent sur des marqueurs sanguins qui pourraient prédire la réponse aux stéroïdes en seulement deux semaines. Des panels de microARN montrent 85 % de précision. Si ça marche, on pourra adapter le traitement plus tôt, sans attendre des mois.

Et les coûts ? Le prednisone générique coûte entre 4 et 15 € par mois. L’azathioprine générique, entre 25 et 50 €. Mais les traitements de seconde ligne peuvent coûter plus de 800 €. Les assurances couvrent-elles tout ? Pas toujours. C’est un enjeu majeur pour les patients.

Le message est clair : l’hépatite auto-immune n’est pas une maladie rare. Elle est méconnue, sous-diagnostiquée, mais traitable. Et si elle est bien prise en charge, elle ne doit pas vous empêcher de vivre. Beaucoup de patients retrouvent une vie normale. Leur foie se rétablit. Leur énergie revient. Leur sourire aussi.

Comment savoir si j’ai une hépatite auto-immune et non une hépatite virale ?

Les hépatites virales (B, C) se détectent par des tests spécifiques : présence du virus dans le sang. L’hépatite auto-immune, elle, se diagnostique par des anticorps dans le sang (ANA, SMA), un taux élevé d’IgG, et une biopsie du foie montrant une inflammation caractéristique. Si les virus sont absents, mais que les signes auto-immuns sont présents, c’est presque certainement une hépatite auto-immune.

Puis-je arrêter les stéroïdes après quelques mois si je me sens mieux ?

Non. Même si vos analyses s’améliorent rapidement, arrêter trop tôt augmente fortement le risque de rechute. Le traitement doit être maintenu pendant au moins 18 à 24 mois, avec une réduction progressive. L’objectif n’est pas seulement de normaliser les enzymes, mais de guérir le tissu hépatique. Cela prend du temps. Et la rechute peut être plus grave que la première poussée.

L’azathioprine est-elle dangereuse pour la fertilité ?

Non, l’azathioprine n’a pas d’effet connu sur la fertilité. Elle est même utilisée chez les femmes enceintes atteintes de maladies auto-immunes, sous surveillance. Cependant, elle peut affecter la production de cellules sanguines. C’est pourquoi un test de la TPMT est obligatoire avant de la prescrire, et que des analyses de sang sont faites régulièrement. Pour les hommes, aucune donnée ne montre d’impact sur la qualité du sperme.

Pourquoi le test TPMT est-il si important avant de prendre l’azathioprine ?

Le test TPMT détecte une déficience génétique qui empêche le corps de métaboliser l’azathioprine. Chez les personnes atteintes de cette déficience (0,3 % de la population), le médicament s’accumule et détruit la moelle osseuse. Cela peut provoquer une baisse sévère des globules blancs, rouges et plaquettes - une urgence médicale. Le test permet d’éviter cette complication mortelle. Il est maintenant standard en Europe, mais pas encore partout aux États-Unis.

Est-ce que je peux boire de l’alcool si j’ai une hépatite auto-immune ?

Non. Même en petite quantité. Votre foie est déjà attaqué par votre système immunitaire. L’alcool ajoute une autre source de stress, d’inflammation et de dommages. Même un verre par jour peut accélérer la progression vers la cirrhose. L’abstinence totale est recommandée, quel que soit le stade de la maladie.

Quels aliments faut-il éviter avec l’hépatite auto-immune ?

Il n’existe pas de régime spécifique pour l’hépatite auto-immune. Mais si vous prenez des stéroïdes, évitez les aliments très salés (qui aggravent la rétention d’eau) et les sucres rapides (qui augmentent le risque de diabète). Privilégiez les légumes, les protéines maigres, les céréales complètes. Et surtout, évitez les compléments alimentaires non contrôlés - certains peuvent endommager le foie.

Est-ce que l’hépatite auto-immune est héréditaire ?

Non, ce n’est pas une maladie génétique comme la mucoviscidose. Mais certaines prédispositions existent. Les gènes HLA-DRB1*03:01 et *04:01 sont plus fréquents chez les patients atteints. Cela signifie que si un membre de votre famille en a, vous avez un risque légèrement plus élevé - mais pas un risque garanti. Ce n’est pas transmis comme un trait héréditaire simple.

Les traitements naturels (herbes, suppléments) peuvent-ils aider ?

Aucune étude scientifique ne prouve qu’un supplément naturel peut traiter l’hépatite auto-immune. Certains, comme le curcuma ou la silymarine, sont même suspectés d’être hépatotoxiques chez certaines personnes. Les traitements prescrits sont les seuls à avoir été testés dans des essais contrôlés. Faire confiance à une herbe au lieu d’un traitement éprouvé peut être mortel. Consultez toujours votre hépatologue avant de prendre quoi que ce soit.

Quand faut-il envisager une transplantation ?

La transplantation n’est envisagée que si le traitement échoue complètement, si la maladie progresse vers une cirrhose décompensée, ou si un cancer du foie se développe. Dans 10 à 15 % des cas, les traitements ne fonctionnent pas. Dans ces situations, la transplantation offre une excellente survie à long terme - jusqu’à 85 % après 5 ans. Mais elle n’est pas une solution de première ligne. Elle est réservée aux cas extrêmes.

Puis-je faire de l’exercice physique avec une hépatite auto-immune ?

Oui, absolument. L’activité physique modérée - marche, natation, vélo - améliore la fatigue, le moral, et aide à contrôler le poids. C’est même recommandé. Mais évitez les efforts intenses ou les sports de contact si vos plaquettes sont basses (à cause de l’azathioprine). Parlez-en à votre médecin avant de commencer un programme. Un suivi régulier des analyses de sang vous permettra d’adapter votre activité en toute sécurité.