Comment réagir en cas de surdose suspectée en attendant les secours
8 janvier 2026

Que faire si vous pensez qu’une personne fait une surdose ?

Vous rentrez chez vous et trouvez un ami inanimé, les lèvres bleues, la respiration lente et irrégulière. Ou vous êtes dans la rue et voyez quelqu’un qui ne répond pas, même en le secouant doucement. Votre premier réflexe ? Appeler les secours. Mais entre le moment où vous appelez et l’arrivée des ambulanciers, vous avez un rôle crucial à jouer. Dans une surdose, chaque minute compte. La plupart des décès surviennent parce que personne n’a agi avant l’arrivée des professionnels. Ce n’est pas une question de formation médicale. C’est une question de savoir ce qu’il faut faire - et de le faire sans hésiter.

Étape 1 : Vérifiez l’état de la personne en moins de 10 secondes

Ne perdez pas de temps à chercher des signes compliqués. Posez-vous trois questions simples : Est-ce qu’elle respire ? Est-ce qu’elle a un pouls ? Est-ce qu’elle réagit ?

Si elle est consciente, parlez-lui. Si elle ne répond pas, tapez doucement sur ses épaules et dites fort : « Vous allez bien ? » Ne la secouez pas. Les études montrent que cette méthode fait perdre en moyenne 22 secondes précieuses. Si elle ne réagit pas, vérifiez sa respiration. Est-ce qu’elle respire normalement ? Ou est-ce qu’elle fait des sons rauques, des halètements, ou des inspirations profondes mais irrégulières ? C’est ce qu’on appelle la respiration agonal - un signe clair de surdose, surtout avec les opioïdes. Même si elle semble dormir, ne la laissez pas comme ça. Une surdose ne se réveille pas toute seule.

Étape 2 : Appelez les secours immédiatement

Avant de faire quoi que ce soit d’autre, appelez le 15 (SAMU) ou le 112. Dites clairement : « Je pense qu’une personne fait une surdose. Elle ne respire pas bien. » Donnez votre adresse exacte. Si vous n’êtes pas chez vous, décrivez le lieu le plus précisément possible. Ne raccrochez pas. Le dispatcheur peut vous guider pendant que vous agissez.

Beaucoup de gens pensent : « Je vais lui donner du naloxone, ça va suffire. » C’est une erreur. Le naloxone peut sauver une vie, mais il ne remplace pas les secours. Les ambulanciers ont les outils pour surveiller les complications, administrer des fluides, traiter les arythmies, et gérer les surdoses multiples. Sans eux, la personne peut replonger dans l’arrêt respiratoire après que le naloxone ait perdu son effet - ce qui arrive souvent dans les 30 à 90 minutes suivant l’injection.

Étape 3 : Maintenez la respiration - même sans naloxone

Si la personne ne respire pas ou respire mal, commencez les respirations de secours. Allongez-la sur le dos. Tirez doucement son menton vers le haut pour ouvrir les voies respiratoires. Pincez son nez. Couvrez sa bouche avec la vôtre. Donnez une respiration lente et régulière - une toutes les 5 à 6 secondes. Chaque souffle doit durer environ une seconde et faire soulever la poitrine. Ne soufflez pas trop fort. Si l’abdomen se gonfle, vous risquez de lui faire avaler de l’air, ce qui peut provoquer des vomissements et un risque d’étouffement.

Continuez sans arrêt. Même si vous êtes fatigué. Même si vous avez peur. Même si vous n’avez jamais fait ça avant. Les études montrent que 80 % des survivants de surdose ont été aidés par quelqu’un qui a maintenu la respiration jusqu’à l’arrivée des secours. Vous n’avez pas besoin d’être un médecin. Vous avez juste besoin de ne pas abandonner.

Une main administre un spray de naloxone à une personne inconsciente sur un trottoir de ville.

Étape 4 : Utilisez le naloxone si vous en avez - et si vous suspectez un opioïde

Le naloxone ne fonctionne que sur les surdoses d’opioïdes : hérosine, fentanyl, oxycodone, méthadone, etc. Il ne fait rien contre l’alcool, les benzodiazépines, la cocaïne ou les amphétamines. Mais puisque 75 % des surdoses mortelles en France impliquent des opioïdes, il vaut toujours la peine d’en utiliser si vous en avez.

Si vous avez un spray nasal (comme Narcan ou Nalmefene), administrez-le dans une narine. Tenez la tête de la personne bien droite. Appuyez fermement sur le piston pendant 2 à 3 secondes. Ne vous inquiétez pas si vous n’êtes pas sûr que c’est un opioïde : si vous avez un doute, administrez-le. Il est sûr même si la personne n’a pas consommé d’opioïdes. Il n’aura aucun effet, mais il ne lui fera pas de mal.

Si vous avez une injection, injectez dans le muscle du bras, de la cuisse ou du ventre. Suivez les instructions du kit. En général, une dose suffit. Si après 3 à 5 minutes, la personne ne reprend pas de respiration normale, donnez une deuxième dose. Continuez les respirations de secours en attendant.

Étape 5 : Placez-la en position latérale de sécurité si elle respire

Si la personne reprend une respiration régulière, ou si vous ne pouvez pas faire de respirations de secours, placez-la en position latérale de sécurité. C’est la seule position qui empêche qu’elle s’étouffe si elle vomit.

Voici comment faire :

  1. Placez le bras le plus proche de vous à angle droit, paume vers le haut.
  2. Pliez la jambe la plus éloignée au genou, le pied à plat sur le sol.
  3. Tenez doucement son épaule et sa hanche, et roulez-la vers vous, comme un log.
  4. Assurez-vous que sa tête est inclinée vers l’arrière pour garder les voies respiratoires ouvertes.
  5. Surveillez sa respiration toutes les 2 à 3 minutes.

Ne la laissez jamais seule. Même si elle semble aller mieux, elle peut replonger. Les surdoses de fentanyl peuvent durer plusieurs heures. Le corps met du temps à éliminer ces substances.

Les erreurs à éviter absolument

Beaucoup de gestes bien intentionnés peuvent faire plus de mal que de bien.

  • Ne mettez pas la personne sous une douche froide - même si vous pensez qu’elle a consommé de la cocaïne ou du MDMA. Cela peut provoquer un choc thermique et une arythmie cardiaque.
  • Ne lui donnez pas de café, de sel, ni de glace - rien ne « dégrise » une surdose. Ces méthodes sont dangereuses et inefficaces.
  • Ne la laissez pas dormir - même si elle semble calme. Une surdose peut évoluer en arrêt respiratoire en quelques minutes.
  • Ne la laissez pas seule - même si elle vous dit qu’elle va bien. Les effets des drogues peuvent se retarder.
Une personne met en sécurité une personne inconsciente en position latérale de sécurité dans un parc.

Les signes qui ne trompent pas

Vous n’avez pas besoin d’être expert pour reconnaître une surdose. Voici les signes clés :

  • Respiration lente, irrégulière ou absente
  • Peau pâle, bleuâtre, ou glacée
  • Pupilles très petites (mais pas toujours - le fentanyl ne les réduit pas toujours)
  • Ne répond pas aux stimuli
  • Respiration bruyante, rauque, ou comme un ronflement
  • Corps mou, sans tonus

Si vous voyez deux de ces signes, agissez. Ne cherchez pas la cause. Ne cherchez pas la preuve. Agissez.

Et après ? Ce que vous devez savoir

Les secours arrivent. La personne est emmenée à l’hôpital. Mais votre rôle ne s’arrête pas là.

Si vous avez utilisé du naloxone, dites aux médecins exactement quand, combien, et comment. Cela aide à prévoir les rechutes. Si vous avez vu ce qu’elle a pris, dites-le. Même si vous n’êtes pas sûr. Les toxicologues ont besoin de ces détails.

Ne vous sentez pas coupable. Vous avez fait ce qu’il fallait. Vous avez peut-être sauvé une vie. Beaucoup de gens n’osent pas intervenir par peur des conséquences légales. Mais en France, la loi protège les témoins qui agissent de bonne foi. Vous ne pouvez pas être poursuivi pour avoir aidé.

Comment être prêt pour la prochaine fois

Les surdoses ne se produisent pas toujours à l’hôpital. Elles arrivent chez vous, dans la rue, dans un parc. Être prêt, c’est simple :

  • Apprenez les 5 étapes de base (vérifier, appeler, respirer, naloxone, position de sécurité).
  • Obtenez un kit de naloxone. Il est disponible en pharmacie sans ordonnance depuis mars 2024.
  • Regardez une vidéo de 10 minutes sur le site de l’Agence nationale de sécurité du médicament.
  • Parlez-en à vos proches. S’il y a quelqu’un dans votre entourage qui consomme, assurez-vous qu’il sait où vous gardez le naloxone.

Vous n’avez pas besoin d’être un héros. Vous avez juste besoin d’être là. Et de savoir quoi faire.

Le naloxone fonctionne-t-il pour toutes les surdoses ?

Non. Le naloxone ne fonctionne que sur les surdoses causées par les opioïdes : hérosine, fentanyl, méthadone, oxycodone, etc. Il n’a aucun effet sur les surdoses d’alcool, de cocaïne, de benzodiazépines, ou de MDMA. Si vous ne savez pas ce qui a été consommé, utilisez-le quand même : il est sans danger pour les personnes qui n’ont pas consommé d’opioïdes.

Que faire si je n’ai pas de naloxone ?

Continuez les respirations de secours. C’est la chose la plus importante. La plupart des décès par surdose surviennent parce que la personne ne reçoit pas d’oxygène. Même sans naloxone, maintenir la respiration augmente considérablement les chances de survie. Appelez les secours immédiatement et ne laissez pas la personne seule.

Puis-je être poursuivi si je donne du naloxone à quelqu’un ?

Non. En France, la loi protège les personnes qui interviennent de bonne foi en cas d’urgence médicale. Cela s’appelle le « principe de secours à personne ». Vous ne pouvez pas être poursuivi pour avoir administré du naloxone, même si la personne a consommé une substance illégale. Votre action est protégée par la loi.

Combien de temps faut-il pour que le naloxone agisse ?

Le naloxone nasal commence à agir en 2 à 5 minutes. Si la personne ne reprend pas de respiration normale après 5 minutes, donnez une deuxième dose. Continuez les respirations de secours en attendant. Le naloxone n’est pas une solution permanente : ses effets durent 30 à 90 minutes, alors que certains opioïdes (comme le fentanyl) restent actifs dans le corps pendant plusieurs heures.

Comment reconnaître une surdose d’alcool ?

Une surdose d’alcool se reconnaît par : peau froide et humide, respiration lente ou irrégulière, inconscience, vomissements, pupilles dilatées, et perte de réflexes. L’alcool diminue le réflexe de toux, ce qui augmente le risque d’étouffement. Placez la personne en position latérale de sécurité et surveillez sa respiration. Ne laissez jamais une personne ivre dormir seule.

Pourquoi ne pas donner de l’eau à une personne en surdose ?

Donner à boire à une personne inconsciente ou en surdose peut provoquer une aspiration - c’est-à-dire que le liquide pénètre dans les poumons, ce qui peut causer une pneumonie grave ou un arrêt respiratoire. Même si elle est consciente, évitez de lui donner de l’eau. Attendez les secours. Ils ont les moyens de la réhydrater en toute sécurité.

Où puis-je obtenir un kit de naloxone en France ?

Depuis mars 2024, le naloxone nasal est disponible en pharmacie sans ordonnance. Vous pouvez l’acheter directement au comptoir. Certains centres de santé, associations de réduction des risques, et hôpitaux le distribuent aussi gratuitement. Demandez simplement : « Je voudrais un kit de naloxone pour les surdoses. »